L’histoire de l’ostéopathie et ses principes

L’Homme se sert de ses mains pour soigner depuis toujours. L’ostéopathie n’est donc pas une science nouvelle. Elle fut « pratiquée » de manière intuitive par les hommes de différentes régions du Globe et a traversée bien des époques. Le concept ostéopathique comme on l’entend aujourd’hui remonte à la seconde moitié du 19ème siècle. Son berceau se situe aux États-Unis et a été fondé par Andrew Taylor Still.

Son fondateur Andrew Taylor Still

Andrew Taylor Still

Andrew Taylor Still naît le 6 Août 1828 aux États-Unis. Il est le fils d’Abraham Still, médecin et pasteur méthodiste, et de Martha Moore. Andrew apprend beaucoup auprès de son père et de la nature. Dans ses jeunes années il aide dans le travail à la ferme familiale et part souvent chasser. En 1844, il commence des études de médecine et de chirurgie mais il ne va pas les terminer. Il s’engage en tant que médecin et chirurgien de guerre durant la guerre de Sécession (1861-1865). Cette période lui permet d’approfondir ses connaissances en anatomie. Il se rend alors compte que la médecine atteint des limites faces aux maladies comme le choléra, la méningite ou la dysenterie. Les traitements médicamenteux ne fonctionnent pas suffisamment bien.

Le début d’une réflexion

C’est en 1864, qu’Andrew Taylor Still se remet particulièrement en question lorsque trois de ses enfants meurent d’une méningite cérébro-spinale. L’impuissance de la médecine et de ses traitements le pousse définitivement vers une autre forme de raisonnement : il passe les dix années suivantes à faire des recherches et se plonge dans l’étude intensive du corps humain. Lors de ses recherches, il observe alors que le dos des enfants atteints de dysenterie (maladie infectieuse provoquant des diarrhées graves) est chaud tandis que leur abdomen devient froid. En automne 1874, il guérit par des manipulations manuelles un premier enfant de la dysenterie pendant une épidémie ; puis dix-sept autres avec succès. Il comprend qu’en relâchant les muscles et en ramenant la chaleur vers les intestins, les symptômes disparaissent. Il devient alors évident pour Still que les maladies sont des effets produits par des causes primaires mécaniques : le concept ostéopathique est en train de naître.

Au terme de ces dix années de recherches, Andrew Taylor Still présente ses travaux à l’Université de Baldwin au Kansas. Cependant il essuie un refus de la part de ses Pères. Malgré les grandes difficultés rencontrées avec ses confrères médecins, il se forge une renommée dépassant les frontières du Kansas. C’est à cette époque qu’il nommera « l’ostéopathie ».

Transmettre son savoir

Pour Still, il est important de transmettre son savoir. Il fonde ainsi la première école d’ostéopathie : l’American School of Osteopathy, à Kirksville en 1892. Ses premiers étudiants sont des médecins, et ses enfants font partie des premiers diplômés. L’école compte déjà 150 étudiants en 1899. Sa réputation est grandissante et les gens viennent de loin pour s’y faire traiter.

À partir de 1898, il se retire peu à peu de l’enseignement et de la pratique ostéopathique pour écrire afin de transmettre son message philosophique ostéopathique. Il écrit successivement : Autobiographie (1897), Philosophie de l’ostéopathie (1898), Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie (1902), Ostéopathie, recherche et pratique (1910). Le 12 décembre 1917, Andrew Taylor Still s’éteint à l’âge de 89 ans. Ces dernières paroles ont étés « keep it pure, boys, keep it pure ! » (Gardez-la pure, les garçons, gardez-la pure)en parlant bien entendu de l’ostéopathie.

Définition de l’ostéopathie selon Still

Selon Andrew Taylor Still, « l’ostéopathie est une connaissance scientifique de l’anatomie et de la physiologie, qui dans les mains d’une personne habile, pourra appliquer cette connaissance en vue d’aider un homme (ou un animal) malade ou blessé par l’effort, la tension, les chocs, les chutes ou dérangements mécaniques, ou accident de toute autre sorte. » L’ostéopathie n’est pas une technique ni même une médecine, c’est une véritable philosophie, c’est-à-dire une manière d’envisager la vie avec un ensemble de principes.

D’ailleurs dans son enseignement et ses écrits, Still s’attarde beaucoup plus sur la philosophie de l’ostéopathie que sur les techniques qu’il ne nous décrit que très peu. Il estime que si l’on a compris la philosophie de l’ostéopathie et que l’on connait parfaitement le corps humain, on peut alors trouver seul comment soigner les patients.

Les principes fondamentaux qui constituent la philosophie de l’ostéopathie selon Still

Les cinq principes fondamentaux de l'ostéopathie en schéma.
  • L’unité du corps : l’organisme est une unité fonctionnelle dont les différentes structures sont en relations les une avec les autres par des liens anatomiques et physiologiques. Ceci explique que toute perturbation se produisant dans une région déterminée du corps pourra entrainer des dysfonctions dans d’autres parties du corps (par exemple une entorse à la cheville peut entrainer un mal de dos). Il faut aussi comprendre dans ce principe l’unité du corps et de l’esprit. En effet, les émotions du patient ont un impact sur son organisme, tout comme une douleur agit sur son état psychologique. Ce principe se retrouve souvent sous le terme de globalité.
  • La libre circulation des fluides ou loi de l’artère suprême : « La loi de l’artère est absolue, universelle ; elle ne doit pas être obstruée au risque de voir apparaitre la maladie. » a écrit Still. Les premiers changements qui interviennent lors de la présence d’un blocage sont souvent d’ordre circulatoires. Le blocage provoque un ralentissement et une diminution de l’irrigation des tissus. Une vascularisation limitée entretient l’état pathologique tissulaire. La santé n’est possible seulement si rien n’entrave la libre circulation des fluides (sang artériel et veineux, lymphe, LCR (liquide céphalo-rachidien) mais aussi l’influx nerveux qui régule la circulation sanguine). Still est convaincu « que l’artère est le fleuve de la vie »
  • L’interrelation entre structure et fonction : le corps constitue une unité dans laquelle la structure anatomique et la fonction physiologique sont indissociablement liées. Une modification dans la structure d’un organe va avoir une influence sur son fonctionnement et à l’inverse, un mauvais fonctionnement d’un organe va altérer sa structure. C’est la circulation des fluides qui fait le lien entre structure et fonction. Une altération d’un élément anatomique (structure) influera négativement sur la physiologie (fonction) d’un ou de plusieurs organes. Ceci dépendra des flux sanguins et nerveux touchés.
  • La capacité d’auto-guérison du corps : un organisme a la capacité de maintenir son équilibre de fonctionnement malgré les variations de son milieu extérieur. « L’homme possède en son sein ses propres forces curatives » énonçait Still. Lorsque le corps n’arrive pas à maintenir ses constantes physiologiques, l’homéostasie, c’est à dire la régulation et l’équilibre du corps est rompu. L’ostéopathe permet de faire avancer le processus d’auto-guérison. « Le devoir du praticien n’est pas de guérir le malade mais d’ajuster une partie ou l’ensemble du système afin que les fleuves de la vie puissent s’écouler et irriguer les champs assoiffés ».
  • Considérer le patient et non la maladie : C’est le patient et non sa maladie qui est au centre de l’attention de l’ostéopathe.

William Garner Sutherland et l’ostéopathie crânienne

William Garner Sutherland

C’est au cours de l’année 1897, alors qu’il est journaliste que Sutherland entend parler de l’ostéopathie. Les propos qu’il entend semblent tellement contradictoires qu’il décide d’aller à Kirksville pour se rendre compte par lui-même. Il est impressionné par ce qu’il voit. C’est à ce moment là qu’il décide de devenir ostéopathe. Il commence sa formation d’ostéopathie en 1898  et reçoit son diplôme des mains de Still en 1900. Durant ces études il tombe devant un spécimen de crâne semi désarticulé et il est frappé par une étrange intuition : les agencements anatomiques des structures crâniennes paraissent indiquer l’existence de mouvements entre-elles. C’est ce qu’il nommera « L’idée folle ».

De la théorie à la pratique

Ce n’est que 20 ans plus tard qu’il commencera ses recherches sur la sphère crânienne. Il travaille d’abord sur l’anatomie grâce aux dissections. Ensuite vient l’expérimentation sur son propre crâne. Il utilise différents dispositifs fabriqués par ses soins, pour provoquer des compressions crâniennes. Chaque manœuvre est soigneusement réfléchie à l’avance et étudiée pendant son application. Certaines des anomalies qu’il s’induit provoquent des altérations sur le plan physiologiques et même parfois sur le plan psychique.

« Parmi ses expériences personnelles suivant la production des lésions qu’il s’était imposées, il y eut une flambée soudaine de sinusite, alors que ses sinus avaient toujours fonctionné comme ils devaient. Sa vision se modifia également en fonction des tests de restriction. La concentration qui était chez lui remarquable, se trouva altérée de manière notable. Occasionnellement, il eut des accès de brusquerie et d’irritabilité, ce qui n’était pas du tout naturel pour lui. De plus, il était étrangement distant. » (Adah Strand Sutherland, 1962, 56-57).

Sutherland a donc découvert le concept crânien. Cependant, il ne faut pas oublier qu’Andrew Taylor Still avait déjà conscience d’une mobilité entre les os du crâne. Dans son livre Ostéopathie recherche et pratique, il écrit « Je place mes pouces de chaque côté du nez sur la partie supérieure des os nasaux, et doucement mais fermement je pousse les os du nez vers le bas, en direction des dents supérieures. » Ceci prouve bien que Still travaillait avec les mouvements crâniens. Andrew Taylor ne prétendait pas être détenteur de l’ostéopathie et encourageait ses élèves à continuer les recherches et faire de nouvelles découvertes tout en suivant la philosophie de l’ostéopathie. Sutherland est donc dans ce sens, le meilleur exemple parmi les successeurs de Still.

L’ostéopathie vient en Europe grâce à Littlejohn

Portrait de John Martin Littlejohn

D’origine écossaise, John-Martin Littlejohn (1865-1947) étudie plusieurs domaines notamment la théologie, les lettres et la médecine. Il émigre aux USA en 1892 et y termine ses études de médecine. Il va consulter A. T. Still à Kirksville pour des problèmes de santé chroniques. Il est tellement émerveillé par le concept et la technique ostéopathique qu’il décide de devenir ostéopathe. Il suit donc la formation au collège de Kirksville, tout en y donnant des cours de physiologie. Ce passionné de science se heurte bientôt avec Still. Ce dernier est réticent à l’idée d’intégrer les progrès de la médecine scientifique dans son école dû aux expériences douloureuses du passé. C’est pourquoi Littlejohn décide en 1900 de quitter Kirksville pour aller s’installer à Chicago et fonder l’American College of Osteopathy, Medicine ans Surgery.

En 1913, il rentre en Europe et s’installe en Angleterre, projetant d’y créer une école d’ostéopathie. C’est en 1917 qu’il crée la British School of Osteopathy, origine de tout un courant ostéopathique européen, poursuivant l’œuvre de Still.

Conclusion

L’histoire de l’ostéopathie est vaste, il m’est impossible de l’expliquer entièrement avec cet article. J’espère seulement avoir suscité un intérêt et éclairé vos connaissances de cette pratique fondée sur la philosophie de Still. Je vous invite à lire des ouvrages parlant de la philosophie de l’ostéopathie, un sujet intéressant et important à mon sens.

L’ostéopathie animale quant à elle est encore très jeune. Le premier à avoir appliquée cette pratique sur les chevaux a été le Dr Dominique Giniaux, vétérinaire, dans les années 1980 en France. Cette technique se pratique et se développe maintenant sur tous les animaux. Un prochain article détaillera plus amplement l’ostéopathie animale.

23/04/2020
Catégorie: Ostéopathie

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